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Personnifications de la vieillesse dans la poésie médiévale: Charles d’Orléans

Personnifications de la vieillesse dans la poésie médiévale: Charles d’Orléans

Personnifications de la vieillesse dans la poésie médiévale: Charles d’Orléans

Par Ad Putter

Revue de la British Academy, Numéro 17 (2011)

Introduction: Il est statistiquement probable que nous serons plus nombreux à voir la vieillesse que nos ancêtres dans l'Angleterre médiévale. La période après la peste noire, qui est arrivée en 1348 mais est revenue par vagues par la suite, a été particulièrement déprimante pour l'espérance de vie. Les archives de la ville de Florence fournissent quelques chiffres indicatifs: l'espérance de vie y était de 40 en 1300; en 1375, après la peste, il était descendu à 18. On pourrait alors penser que les poètes de cette période n'auraient pas grand chose à dire sur ce que l'on ressent en vieillissant, d'autant plus qu'ils écrivaient aussi à une époque où l'allégorie de personnification était devenue la forme dominante. Dans la fiction allégorique, les sentiments (par exemple l'espoir, l'amour, la haine) et les concepts abstraits (par exemple la jeunesse et la vieillesse) se comportent comme s'ils étaient des personnes (ou des objets), en violation évidente des lois de la physique. Pouvons-nous vraiment nous attendre à apprendre quelque chose sur le vieillissement des allégories médiévales ultérieures?

Je voudrais examiner cette question en référence à une ballade de Charles d’Orléans. Charles a défié les moyennes statistiques: il est décédé en 1465, à 70 ans. Une telle longévité n'était en fait pas si inhabituelle, malgré l'espérance de vie moyenne, qui était faussée par le grand nombre de décès d'enfants dans la période. Si vous avez survécu à l'âge adulte, il y a de fortes chances que vous viviez encore 30 ans ou plus.

Si Charles d’Orléans avait des raisons d’être conscient de son âge, ces raisons étaient tout à fait différentes. Marquant 25 ans comme otage politique, il a dû sentir que ses meilleures années lui échappaient, alors le sujet du vieillissement pesait naturellement dans son esprit. Il n’a que 20 ans quand il est capturé à la bataille d’Agincourt et séparé de sa femme Bonne d’Armagnac. Elle est morte quand il avait environ 40 ans, toujours coincé en Angleterre; il arrivait pour 45 ans quand il a finalement été libéré. Maintenant, la vie d'un otage royal comme Charles n'était pas comme celle des prisonniers modernes, et une récente bourse d'études a discrédité la fausse image de Charles se languissant dans un confinement difficile. Il vaut mieux imaginer Charles comme un invité involontaire; il a participé à la vie sociale de ses gardiens et a même appris à parler et à écrire l'anglais. Pourtant, l'idée révisionniste de Charles confortablement logée chez des hôtes cultivés et sympathiques est également fausse, car un homme qui s'amuse ne peut être tenu à une rançon exorbitante. Dans le cas de Charles, le prix de la liberté a été fixé à 240000 écus. Il l'a payé volontairement.


Voir la vidéo: POÉSIE MÉDIÉVALE La Quête du Graal, introduite par Michel ZINK Académie royale de Belgique, 2009 (Janvier 2022).